Publiée le 30 mars 2020

Après plusieurs jours de flou, le ministère des transports a confirmé au « Monde » que la bicyclette est autorisée, « sous réserve que l’utilisateur soit porteur de l’attestation dûment renseignée ».

Par Olivier Razemon - Article du Monde
A La Défense (Hauts-de-Seine), le 18 mars. MICHEL EULER / AP

Il fait beau, les rues sont désertes, la qualité de l’air s’est considérablement améliorée, mais non, ce n’est pas une raison pour aller faire une balade de 20 kilomètres sur son vélo. Le premier ministre, Edouard Philippe, l’a dit de manière explicite, lundi 23 mars : les déplacements liés à l’activité physique individuelle sont limités à un rayon d’un kilomètre autour de chez soi, et pour une heure tout au plus, à condition d’être muni de la nouvelle attestation dérogatoire, en vigueur depuis mercredi 25 mars.

Jusqu’à présent, les règles posées par le gouvernement ne mentionnaient nullement le type d’activité physique autorisée. Pouvait-on remplacer le sacro-saint jogging par un tour à vélo ? Seule la Fédération française de cyclisme (FFC), qui organise des courses cyclistes mais ne dispose pas du pouvoir de réglementer, avait publié, le 18 mars, un communiqué indiquant que « la pratique du sport cycliste constitue une infraction ». La FFC a même conçu un site spécial confinement, « Roulez chez vous », qui dispense des programmes de remise en forme.

Le ministère des transports reprend désormais cette doctrine : « L’usage du vélo est prohibé pour la pratique d’une activité sportive », a-t-il indiqué au Monde mardi 24 mars.

Sport, loisir et moyen de transport

Mais la bicyclette n’est pas seulement un sport ou un loisir, c’est aussi un outil de déplacement. Or rien, dans le décret du 16 mars réglementant les allées et venues en ces temps de confinement, ne précise quel moyen de transport est autorisé ou interdit pour les trajets quotidiens.

Face à ce flou, les forces de l’ordre pratiquent une verbalisation à géométrie variable. Confiné dans la bourgade de Jullouville (Manche), Eric se déplace seul, à vélo, pour faire les courses et porter les poubelles, soit 2 kilomètres au total. Samedi 21 mars, il a été interpellé par les gendarmes qui lui ont indiqué que, quel qu’en soit le motif, la pratique du vélo était interdite. « Les déplacements dérogatoires doivent se faire à pied ou en voiture », lui ont assuré les gendarmes. A Carquefou (Loire-Atlantique), au bord de l’Erdre, la gendarmerie a verbalisé un homme qui utilisait un vélo pour se rendre chez son médecin, à l’occasion d’une visite trimestrielle, rapporte le quotidien Ouest-France. « C’est considéré comme du sport », argumentent les forces de l’ordre. A Brest, les pouvoirs publics estiment qu’il faut encourager les déplacements en voiture, car le vélo « donnerait de mauvaises idées à ceux qui ne travaillent pas », rapporte un témoin.

Pour ajouter à la confusion, selon d’autres témoignages recueillis à Dijon, Le Havre, Béziers ou Grenoble, les forces de l’ordre comprennent parfois que l’on puisse pédaler, pourvu évidemment qu’on ait une raison valable de le faire. Ainsi, « à Mulhouse, il est encore possible de circuler à vélo, et la police ne verbalise pas si la feuille dérogatoire est en règle. Et ce, quel que soit le motif, professionnel, courses ou garde d’enfant », témoigne Rémy Burgy. « Je me rends tous les jours sur mon lieu de travail, à vélo, et je n’ai pas été verbalisée », corrobore Clémence Langloys, qui travaille pour une collectivité territoriale, à Montpellier.

La bicyclette est également utilisée, pour les trajets domicile-travail, par de nombreux soignants. Cécile Reynaud, cadre dans le secteur de la santé à Orsay (Essonne), se rend « tous les jours à l’hôpital à vélo, comme avant ». A la campagne, dans le Loiret, Mathilde Fournier enfourche sa bicyclette quotidiennement pour se rendre à la pharmacie où elle travaille, ainsi que pour livrer des patients. A Paris, Florence met, elle, trois quarts d’heure pour se rendre à l’Ehpad où elle travaille.

A Paris, le 16 mars. Michel Euler / AP
A Paris, le 16 mars. Michel Euler / AP

L’usage justifié autorisé

Après plusieurs jours de flou, ces comportements sont désormais adoubés par le ministère des transports :

« L’usage du vélo est autorisé, sous réserve que l’utilisateur soit porteur de l’attestation dûment renseignée, pour les déplacements entre domicile et travail, pour effectuer des achats de première nécessité, pour motif de santé, motif familial impérieux, convocation judiciaire, achat de fournitures ou participation à une mission d’intérêt général. »

Olivier Schneider, président de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), qui réunit trois cents associations locales, se félicite de cette clarification, mais regrette « la fermeture, par les municipalités, d’un certain nombre d’axes cyclables sécurisés, qui servent aux gens qui ont besoin de se déplacer ». Il cite les berges du Rhône, à Lyon, ou une piste cyclable le long d’un axe très routier à Verrières-le-Buisson, dans l’Essonne.

Le président de la FUB préfère de concentrer sur l’après-crise : « Lorsque le confinement se terminera, la vie d’avant ne va pas reprendre du jour au lendemain. Dans les premiers temps, de nombreuses personnes voudront éviter les transports en commun. Il sera alors judicieux que les pouvoirs publics facilitent les déplacements à vélo, qui ne polluent pas et occupent moins d’espace. » Sans compter qu’on aura bien besoin, après le confinement, de faire de l’exercice physique.

 

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